CLINAMEN

Le Praticable, Rennes
9 avril > 8 mai 2015

C'est d'un corps humain qui s'est absenté dont il s'agit sans doute. Les matelas, supports du sommeil sont là, empilés. À côté une forme indéfinie possiblement anthropomorphe, rosit du vin utilisé pour humidifier le plâtre leur additionne une présence. Enfin, la tresse de cheveux postiches interroge sur une activité manuelle, humaine, peut-être coquette également et le temps nécessaire à son déploiement.
Ailleurs, je vois des objets sur des socles qui traitent des changements d'états de la matière : gazeux, liquide, solide… un œuf délicatement inséré dans une réserve ménagée sur la face de l'un d'entre eux, ainsi que des sérigraphies de détail de drapés, cadrés pour être presque flottant, voire toucher un état d'immatérialité. Je me décale et ces objets deviennent une suite qui image une chaîne d'oxydation et d'absorption : mélanger et chauffer des matières, produire des aliments, les ingérer jusqu'à devoir remédier à des maux de ventre (peut-être). Enfin, gros, marron, qui déborde de son socle je vois un poumon !

L'ensemble est silencieux mais il me semble que chaque pièce pourrait émettre des bruissements ténus de souffles, de froissements, de clapotis. Par ailleurs des odeurs sourdent de certaines d'entre elles (vin, essence, graisses rances). Ces ressentis qui s'additionnent aux formes voire aux teintes des œuvres disséminent comme des traces et des indices de vie dans les lieux. Cela me donne à croire que Francis Raynaud cherche à inventer une matérialité organique dans le volume de ses expositions. Elles seraient un organisme traversé de fluides, d'échauffements, de déplacements. Cela pourrait parfaitement s'apparenter au visiteur qui pose un regard, sent et tire un fil de propositions en propositions. Francis Raynaud ferait alors de l'exposition le miroir de son atelier, des déplacements qu'il y effectue et du temps qu'il y passe à expérimenter les assemblages et les mélanges d'humeurs qui composeront les pièces ; il ferait du visiteur un compagnon qui infirme ou augmente les propositions plastiques en acceptant d'être un élément du jeu, de s'y prêter – ou non.

Benoît Lecarpentier