Bavardages #1 (avec Léa Mercier) , Galerie La Lanterne, Paris

Le musée des trois idiots, Le Village site d’expérimentation artistique, Bazouges-la-Pérouse

Octobre-Décembre 2016

Auguri Curating, Le Village, site d'expérimentation artistique
Ph. Léa Mercier, Fernanda Cubas
Dessin vectoriel. Jean-Christophe Deprez-Deperiers

Bavardages #1 : Léa Mercier & Francis Raynaud

Pour la première édition de son programme Bavardages, Auguri Curating invite Léa Mercier et Francis Raynaud à investir la galerie La Lanterne.
Bavardages #1 réunit pour la première fois ces deux jeunes artistes qui, sans se connaître, ont su travailler ensemble pour faire de la galerie un espace de rencontre et de dialogue où ont émergé des interrogations et des prises de position qui interrogent leurs processus de création respectifs tout en créant des points de jonction dans leurs pratiques.
En jouant sur l’espace restreint de la galerie et la transparence de sa vitrine, Léa Mercier et Francis Raynaud revisitent ce format typé de l’exposition, le diorama, entièrement visible de la rue : un dispositif de (re)présentation et de reconstitution du monde – ou d’une partie de ce monde – à l’échelle de la galerie, dans lequel l’installation photographique de Léa Mercier se fait décor architectural pour le duo de sculptures de Francis Raynaud, mises en scène dans cet environnement urbain projeté sur le mur.
Autant rideau de scène qu’entité interdite au langage, la pièce de Léa Mercier n’est plus fenêtre ouverte sur le monde, mais plutôt la forme manifeste d’une perception des images en constante déliquescence, dans l’enfer de la ville.
Pourtant, l’image se fait résistante, et combat l’ennui par l’analogie… En contre partie de ce vestige de la money-polis, une pile de cartes postales porte une mémoire anecdotique de curiosités rencontrées et oubliées. Comme une invitation au mouvement et à l’indépendance, ces multiples n’attendent plus que notre engagement à les emmener vers ce que l’on tentera de nommer l’ailleurs.
A la frontière de l’oblitération physique, le couple sculpté mis en place par Francis Raynaud flirte avec les limbes de l’histoire de l’art et (dé)chante les complexes du corps dans tout son paradoxe contemporain. Forts d’une temporalité passée, car issus des traits primitifs de la Vénus de Willendorf, et de l’éther manuel de la zone verte de l’atelier, ces deux phasmes étranges ne sont pas sans rappeler que la part du monstre ne fait défaut à aucun de nous.
La position du corps, sa spatialisation, son déplacement, et ses mutations, toutes ces modalités sont ici mises en réflexion et mouvement par une distension des formes, un étirement des images et un bouleversement des échelles qui confinent aux limites du figuratif, et de la connaissance.
Il y a dans cette rencontre-test du programme Bavardages, un arrière-goût de dystopie ratée… Comme si tous ces gestes et formes concernant la difficulté d’être n’étaient en fait que des propositions cachées pour de futures créations. Et c’est bien là, que perdurent toutes les formes d’espoir et tous les possibles.

Léa Mercier, vit et travaille à Paris
Francis Raynaud, vit et travaille à Rennes

Sur une proposition d’Auguri Curating (Guillaume Clerc & Lisa Eymet)

Le musée des trois idiots.

Dans ses installations, Francis Raynaud agence, associe ou combine des matériaux de récupération et d’objets divers. Il fige sur des étagères, des socles, des tables ou à même le sol, des fragments du quotidien qu’il érige avec une pointe d’humour et d’ironie au rang de sculptures muséales. Ces allégories du banal semblent sortir d’une étude paléontologique de sa propre histoire qu’il agence dans des scénographies. Il propose divers énoncés ou lectures que le public peut interpréter librement.

Dans le cadre de l’exposition Le musée des trois idiots, l’artiste prend comme référence un article trouvé sur internet intitulé Trois idiots dans la jungle*. Il traite de l’apparition des micro-économies, micro-commerces, dans des territoires instables et des endroits de transition destinés à disparaître. L’exposition s’appuie sur un extrait de l’article dans lequel trois amis pakistanais montent un restaurant de fortune dans la jungle de Calais : « Ils affirment qu’il leur a fallu seulement deux jours pour dresser les murs de leur future auberge et poser les bases d’un espace rectangulaire composé de bois et de bâches. Ils ont ensuite aménagé du mieux qu’ils ont pu, montant notamment une grande estrade recouverte de moquette courant le long des murs (…) Du plafond pendent des ballons de toutes les couleurs, qui confèrent à l’endroit une étrange ambiance de fête foraine cheap. »

Francis Raynaud confronte la réalité d’un lieu précaire à un espace d’exposition. Il construit une scénographie proche de la muséographie qui contrairement au caractère permanent du musée nous renvoi à cette « jungle », éphémère, instable et improvisée. L’artiste conserve ainsi les empreintes, moulages, traces et assemblages qui constituent des indices archéologiques personnels. Ces derniers, conçus à partir d’objets récupérés dans la rue puisent aussi leur source au cœur des nombreuses lectures de l’artiste et de ses références qu’elles soient artistiques ou philosophiques.